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LA FORCE DE LA NATURE

9.03.09 au 23.03.09

Jocelyn Villemont

L'année 2009 et son contexte économique et politique pourrait être l’époque du doute, de la réflexion, du repli; un état latent où l'on guette les « réformes », où l'on attend les « ruptures » et qui nous inviterait à faire table rase, un nouvel an zéro. Une table rase qui ne serait pas uniquement un retour au vide, mais une renaissance, un commencement et non la fin.
Cette idée est à l'origine de certaines communautés utopistes (Wandervogel, Hippies...) qui basaient leur fondement sur un retour à la nature, à des valeurs « simples » et primaires. A une autre époque, Henry David Thoreau prônait quand à lui un retour à la nature plus individuel à l'image de l'ermite solitaire parti prendre du recul au fond des bois. Dans notre société, une frontière existe: c'est le garage, le sous-sol, la porte de la cabane que l'on pousse un dimanche après midi. Nous passons ainsi cette frontière qui délimite l'espace d'expérimentation personnelle et la vie en collectivité.

La force de la nature repose sur cette ambiguïté entre l'espace privé et le lieu de monstration. Chaque soir vers 18h la lumière s’allume et le sportif entre en jeu: il vient scier des disques dans des troncs posés sur des chevalets afin de se fabriquer ses propres altères une fois montés sur les barres. La force de la nature évolue comme une pratique souterraine de la musculation. Nous parlerons ici de sculpturisme, de sculpture physique étroitement liée à un processus de production d’œuvres. Les altères sont le résidu de la coupe et perdent leur fonctionnalité en devenant des sculptures. La vidéo présente dans l'espace, quant à elle, joue la fonction de témoin d’une activité en dehors des heures de présence du sportif-artiste, mais existe surtout comme une cassette de fitness, nous communiquant les gestes et les techniques de l’acte physique. Entre l’urgence adolescente, figure de l’expérimentation et l’existentialisme primitif d’un Henry David Thoreau, ce work in progress se développera dans la sueur et un questionnement sur le geste artistique.

Cette exposition, comme de nombreux projets de Jocelyn Villemont nous emmène dans le backyard, à coté des vélos, du skate, de la moto, des outils et de ses activités régulières (couper du bois, courber des tubes, sculpter des battes de baseball...). Chaque fois, ses réalisations passent par un apprentissage de l’utilisation des outils, des techniques, d’histoires, pour prendre la forme de nouvelles mythologies. Jocelyn se réfère aux standards du monde contemporain, le public est invité à voyager dans le temps avant que tout cela ne soit enfoui. L'artiste se fabrique des reliques, les reliques d’un mythe en formation qu’il faudra bientôt exhumer une torche à la main. Et s’il venait là nous chuchoter « ZERO IS NOW ».

IOP