about
works
Founded in 2009, It’s Our Playground is the Paris based artist duo made up of Camille Le Houezec (1986) and Jocelyn Villemont (1986). IOP has been developing a body of work on the porosity and circulation of art practices from a broad professional position (as artists, curators, and teachers), a variety of intervention formats and initiatives favoring working with other artists, and a combination of styles and techniques. Along with reappropriating images through online publishing and curating group projects, It's Our Playground’s recent activity has been shifting towards the production of composite visual works in immersive environments. They are represented by Galerie Valentin, Paris.

Solo exhibitions include 'Elle disait bonjour aux machines' at La Villa du Parc in Annemasse, 2019 ; 'Artificial Sensibility' at Bonington Gallery in Nottingham, 2017 ; 'Reconstructive Memory' at Galerie Valentin in Paris. Curated exhibitions include 'Deep Screen' at Parc Saint-Léger in Pougues-les-eaux, 2015 ; 'Show Room' at Glassbox in Paris, 2016. Group shows include 'Bande à part' at Mrac in Sérignan, 2018 ; 'Site Visit' at Kunstverein Freiburg, 2017, 'Ambiance d’Aujourd’hui' at Mains d’œuvres in Saint-Ouen, 2016.
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All images courtesy of It's Our Playground 2019


Website made in collaboration with Superspace.
Font in use Metal by Pizza Typefaces.

RECONSTRUCTIVE MEMORY

Galerie Valentin, Paris, 2016
With Michael Assiff, Gina Beavers, Nicolas Deshayes, Travess Smalley, Philipp Timischl, Hayley Tompkins

Reconstructive Memory is an English term borrowed from cognitive psychology meaning that memory is not a faithful reproduction of past events but rather a mental faculty based on recollection-reconstruction processes. Depending on our emotions, our level of tiredness, our beliefs, we may reconstruct episodes from our lives in a way that leads to distortions, alterations and false memories.
These clearly approximate shapes are floating, malleable signs. Expressing a relationship more than an image, they acquire their meaning through their use, their reception context, their display, or the relations of proximity between them.

Since the invention of computers, the data-storage race has been generating technological debates. The machines are obliged to keep offering more memory to enable us to preserve our own. Like a search engine, our brain uses this external memory more and more, and invents strategies to free itself from the overload of amassed information. It therefore knows where to find the details it needs, without needing to store the contents: a new way to operate our encephalon, approaching a form of artificial intelligence.

It has now become a habit on the internet: documentation precedes exhibition visits. Those immaculate images purged of all imperfections circulate quickly, often substituting for the works, which must be photogenic above all. In Reconstructive Memory, we further accentuate the difference between the physical encounter with the pieces and their discovery through documentation. In fact, although we are able to get close to the works in the gallery, the experience behind the screen is disrupted by large printed transparent filters placed in the axis of the pieces hung on the gallery walls, allowing only a partial view of these. Whether it be the paintings that Gina Beavers has carefully modelled and painted based on photographs gleaned on Google images; poetic collages by Hayley Tompkins made up of re-photographed advertisements arranged on galvanized metal panels; thermally moulded intestinal paintings by Nicolas Deshayes; sculpted paint by Michael Assiff; varnished, melancholic paintings by Philipp Timischl; or the woven digital image by Travess Smalley, the works presented in the space are hard to understand by means of a two-dimensional image. Beyond their meaning, they were chosen for their complex materiality and appear muddled, as if they had poorly digested their transfer to the screen. Fleshy, corporeal, reflecting our own anatomy, they make Reconstructive Memory an exhibition you want to roam, explore, even touch.

The large-format prints placed in the visitor’s field of vision were made from Galerie Valentin’s photographic archives. During the consultation period, our own memories of visits to rue Saint-Gilles resurfaced. We were gripped by the specificities of the place and the hanging automatisms that led successive photographs to produce five recurring viewing angles. Collages created by superimposing and deforming dozens of exhibition views are seen as memory interfaces, mnesic traces of the past thirteen years. Taking as their very subject the place in which they have been set up, these porous screens oscillate between scenographic elements and contextual sculptures. These ambiguous filters, conceived as pieces that condition access to the works and unsettle visitors, act as revelatory reproductions offering a new perspective on the work of the invited artists.

Documentation by Grégory Copitet


FRENCH VERSION

Reconstructive Memory est un terme Anglais emprunté à la psychologie cognitive signifiant que la mémoire n’est pas la reproduction fidèle d’événements passés mais une faculté de l’esprit reposant sur des processus de reconstruction des souvenirs. En fonction de nos émotions, de notre état de fatigue, de nos croyances, la reconstitution des épisodes vécus peut conduire à des distorsions, des altérations ou des faux souvenirs.

Depuis l’invention des outils informatiques, la course au stockage de données anime les débats technologiques. La machine se doit d’offrir toujours plus de mémoire pour nous permettre de préserver la nôtre. À la manière d’un moteur de recherche, notre cerveau utilise de plus en plus cette mémoire externe et invente des stratégies pour se libérer du trop plein d’informations engrangées. Il sait donc où aller chercher les renseignements dont il a besoin, sans avoir à stocker les contenus : une nouvelle façon de faire fonctionner notre acéphale se rapprochant d’une forme d’intelligence artificielle.

C’est maintenant devenu une habitude, sur Internet, la documentation précède les visites d’exposition. Ces images immaculées, débarrassées de toute imperfection, circulent à grande vitesse, se substituant souvent aux œuvres, ces dernières se devant avant tout d’être photogéniques. Dans Reconstructive Memory, nous accentuons encore la différence entre la rencontre physique avec les pièces et leur découverte à travers la documentation. En effet, si dans la galerie nous sommes en mesure de nous approcher des œuvres, l’expérience derrière l’écran, elle, est troublée par de larges filtres transparents imprimés et placés dans l’axe des pièces accrochées aux murs de la galerie, ne permettant qu’une vision partielle de celles-ci.

Qu’il s’agisse des peintures que Gina Beavers prend soin de modeler et peindre d’après des photographies glanées sur Google images ; des collages poétiques de Hayley Tompkins composés de publicités re-photographiées et arrangées dans des plateaux en métal galvanisé ; des tableaux thermoformés intestinaux de Nicolas Deshayes ; de la peinture sculptée de Michael Assiff ; des toiles résinées et mélancoliques de Philipp Timischl ; ou de l'image digitale tissée de Travess Smalley, les œuvres présentes dans l’espace sont difficiles à appréhender par le biais de l'image en deux dimensions. Au delà de leur signification, elles ont été choisies pour leur matérialité complexe et apparaissent brouillées, comme si elles n’avaient pas bien digéré leur passage à l’écran. Charnues, corporelles, renvoyant à notre propre anatomie, elles font de Reconstructive Memory une exposition que l’on a envie de parcourir, d’explorer, voire de toucher.

Les impressions grand format placées dans le champs de vision des visiteurs ont été composées à partir des archives photographiques de la Galerie Valentin. Lors de la consultation, nos propres souvenirs de visite rue Saint-Gilles sont remontés à la surface. Nous avons été saisi par les spécificités du lieu et les automatismes d’accrochage ayant conduit les photographes successifs à produire cinq angles de vue récurrents. Les collages réalisés par superposition et déformation de dizaines de vues d’expositions sont envisagés comme des interfaces mémorielles, les traces mnésiques de ces treize dernières années. Prenant pour sujet même le lieu dans lequel ils sont implantés, ces paravents poreux oscillent entre éléments de scénographie et sculptures contextuelles. Ces filtres ambigus, pensés comme des pièces conditionnant l’accès aux œuvres et troublant les visiteurs.

L’exposition fait suite à Screen Play (SWG3 Gallery, Glasgow 2014) ; Deep Screen (Parc Saint-Léger, Pougues-les-Eaux 2015) ou encore Show Room (Glassbox, Paris 2015) et s’inscrit dans une réflexion sur les modes de production, d’installation, d’appréhension et de diffusion d’une exposition. Reconstructive Memory propose donc deux expériences simultanées, à la fois différentes et complémentaires. Si la fréquentation de la galerie permettra toujours un rapport privilégié aux œuvres, la visite en ligne, véritable projet d’exposition à part entière, n’en sera pas moins singulière et inédite. Quelque soit l’expérience vécue, notre mémoire se chargera inexorablement d’en modifier le souvenir.

Documentation par Grégory Copitet.